Bienvenue sur le blog des conférences UTA "Lyon au XVIe siècle" par Jérôme Spitz

Vous pourrez consulter ici le texte des conférences qui se sont déroulées au Méliès à Caluire durant l'année universitaire 2014-2015 d'octobre à mai.
Toutes les conférences seront mises en ligne prochainement, ainsi que les conférences prévues pour l'année prochaine.
J.S.

mercredi 11 mars 2015

Commerce et foires



Marchand de Saint-Flour d'après Corneille de Lyon

Commerce et foires

 (conférence 2)




Il est difficile de donner un aperçu de l'ensemble des activités d'une ville, et particulièrement à la Renaissance. Cependant, pour Lyon, on peut dégager certains traits, certaines caractéristiques liés à des activités propres à la ville.

Tout d'abord, Lyon possède un vaste territoire urbain pour une ville de l'époque (équivalent à Paris, mais c'est Rouen la deuxième ville la plus peuplée de France au XVIe siècle). Ce terrtoire lui sert de garde-manger, ainsi que le "plat pays" et le Franc-Lyonnais.
Ensuite, toutes les denrées de l'époque vont être échangées ou produites à Lyon, y compris les livres, on l'a vu. L'importance des quatres foires annuelles, dont nous avons vu l'origine la dernière fois, ne fait que renforcer une situation d'abondance où le commerce joue une part prépondérante.
Enfin la soie, qui devient quasiment une spécialité à Lyon pour le royaume de France, remplace comme production, des draperies de laine de mauvaise qualité, pour le plus grand bonheur de certains lyonnais.

2 Agriculture
Lyon dispose d'un vaste territoire agricole intra et extra muros. La bourgeoisie lyonnaise et les ecclésiatiques possèdent tous des exploitations dans un perimètre qui va jusqu'à 60 km autour de Lyon, y compris parfois dans le Dauphiné, en Bresse, en Bugey et en Dombes.
Dans la ville, le plan scénographique nous rappelle qu'il y a aussi de l'élevage, des vignes, de la pêche. Il faut noter l'imprtance pour les marchandises de l'axe de la Saône. La navigation se fait dans les deux sens grâce aux chemin de halage pour transporter le blé.
Mais ce qui est étonnant à Lyon, c'est la capitalisation de l'agriculture. En 1540, Lyon est la première ville en France à se doter d'une bourse, ancêtre de notre bourse moderne pour côter les monnaies (système du Marc or) et les marchandises. Lyon exporte et importe des denrées agricoles (blé, viande). On a pu constater que les lyonnais sont les plus voraces en viande également. D'où, certainement, la présence de cette Grande Boucherie sur la Presqu'ile.. 10% de l'alimentation d'un habitant de la ville est composée de viande au XVIe siècle.
Dans les années 1550, alors que la prospérité de la ville commence à décliner, les riches lyonnais investtisent massivement dans l'agriculture.

3 et 4 Pêche, boucherie, marchands de bas
218 métiers du commerce et de l'artisanat sont cités dans un acte fiscal de 1545. Beaucoup de ces activités sont réglementées. On apprend un métier en étant apprenti ouvrier, puis maître quand on en a les moyens (intellectuels et surtout financiers). Dans Histoire de Lyon d'André Pelletier, il est mentionné beaucoup de doubles métiers qui font sourire aujourd'hui : chirurgien et tavernier, revendeur et maçon, menuisier et jouer de hautbois. J'avais remarqué aussi un notaire-chirurgien, c'est à dire arracheur de dents.

5 Marques des marchands de Strasbourg
Les deux catégories de métiers qui comptent le plus de représentants au XVIe siècle dans la ville sont l'alimentation et l'habillement, chacun avec plus de 14% des effectifs.

6 portrait de marchand, Corneille de Lyon
Voici ce qu'on écrit sous le règne de Louis XI :
Quatre foires étaient accordées à Lyon, de chacune « quinze jours ouvrables et continuels sans
interruption », la première commençant le premier lundi après Quasimodo ; la seconde, le quatrième jour d'août ; la troisième, le tiers jours de novembre ;
la quatrième, le premier lundi après la fête des  Rois. Tous les marchands, sauf les Anglais « noz
ennemis anciens », pouvaient fréquenter les foires sans craindre « marque, présailles ou représailles ».jouissant de tous les privilèges des foires de Champagne, Les marchandises étaient franches de toutes impositions, les monnaies étrangères avaient libre cours à leurs justes prix et valeur.
Les foires commencent à franchement décliner à partir de la fin du règne de François Ier. Le roi multiplie en -effet les taxes. En 1544, par exemple, il impose une taxe de 6 deniers sur toutes les marchandises entrant dans la ville.
-Le déclin s'amplifit cependant grâce à trois causes extérieures contre lesquelles Lyon ne pourra rien.
L'arrivée des métaux précieux en provenance des Amériques crée une inflation considérable qui étouffe le commerce.
- Les conflits religieux qui vont déboucher sur les guerres de religion.
- Enfin l'augmentation du commerce maritime et la concurrence des ports du Nord de l'Europe.

En 1548 est instaurée une barrière douanière aux portes de Lyon. Mais ce seront les guerres de religion qui seront fatales aux foires. En 1562, lors de l'occupation de Lyon par les troupes du baron des Adrêts, les foires sont transférées à Chalon-Saône et Macon. Elles reviendront provisoirement sous le règne d'Henri III, mais sans leur éclat d'antant.

marchands italiens (plus de la moitié des échanges)
7 Grand rétable de Salviati, tableau, pour les Gadagne
Les marchands sont au sommet de la hierarchie. Il ont plusieurs fonction dont celui de banquier (lettres de change), grossiste, transporteur...
Les familes Bonvisi, Salviati, Guinigi, Promontorio, Gondi et Guadani Gadagne) géants de la finance. Beaucou, comme les Gadagne, sont naturalisés, lyonnais et français.
Sur les 169 grandes sociétés de commerce de Lyon, 143 sont italiennes. Les villes principales dont ils sont originaires sont Florence, bien sûr, Lucques, Gênes et Milan.




Lieux des foires, nombre de personnes
8 et 9 place et pont du Change
C'est la place actuelle du Change, appelée place de la Draperie qui est le centre des foires de Lyon, qui occupent cenpendant, durant leur apogée, tout le quartier Saint-Jean et tout quasiment toute la moitié nord de la Presqu'île occupée à l'époque.
On pense que la population de la ville doublait 4 fois par an. C'est à dire que les foires faisaient venir à Lyon plus de 60 000 personnes.


Produits échangés lors des foires
marchands de draps, soierie, objets 16e
Le commerce des draps et des toiles fut, dès le  début, le plus important comme étant celui de
matières de première nécessité (75% du produit à la fin du XVIe). Puis les épiceries, les draps d'or, d'argent et de soie devinrent l'objet d'un considérable trafic (il y avait des plieurs et des presseurs pour les draps, un petit métier très répandu). Draps, toiles, épiceries (des épices, dont le safran).
C'est Louis XI qui accorde le privilège à Lyon de vendre les produits alimentaires et les épices. Ils viennent des ports du Languedoc ou via les routes terrestres en provenance d'Italie par le Dauphiné.
Enfin les draps d'or, d'argent et de soie, telles furent les marchandises qui alimentèrent, dans la plus large mesure, le commerce de Lyon et constituèrent les quatre principaux articles du trafic des foires dans la seconde moitié du XVe siècle el durant le XVIe siècle. On peut ajouter à celà, bien sûr, le commerce des livres, mais aussi celui de l'argent métal (en provenance des Allemands) et du cuir.
Quelques exemples d'autres marchandises échangées lors des foires, mais la liste est considérable et étonnante :
On a parlé des métaux vendus par les Allemands, fer, cuivre, or. Ils rachetaient avec le produit de leurs ventes des denrées alimentaires.
l se vendit enfin aux foires de Lyon du bois, bois
fusté et bois burcin, de la chaux, des plumes « à
lict », des plumes d'autruche, des éponges, des laines
et du coton, du corail « en branche », de Tambre
gris, de la « pierre noire pour teinture », du bois
du Brésil, du bois pour la teinture et jusques à des
pierres précieuses, du suif et des graisses.
Objets fabriqués. — Les armes et armures,
les instruments de musique, la mercerie, la poterie,
l'orfèvrerie et l'argenterie, la quincaillerie et la
fustaille (bois ouvrés) représentent les principales
catégories d'objets fabriqués, vendus aux foires de
Lyon.

Canons d'arquebuse, arbalètes, arquebuses,
harnais à armer gens de pied et de cheval, corcelets,
cuirasses, éperons, hauberts, heaumes, morillons,
brigantines, salades simples et à la bourguignonne,
boucliers, pavois, pistolets, dards, javelines, pertui-
sanes, dagues, poignards, garnitures d'arquebuses,
manches de hallebardes, mors de brides, piques non
ferrées, plumets, rapières, fourreaux d'épées, fai-
saient de la ville, pendant les foires, un arsenal
complet auquel ne manquait même point la poudre
à canon.
Cornemuses, guitares », flûtes à neuf Irous, haulhois, luths, violles
et violons.

Couteaux, ciseaux, rafraichissoirs de fontes, coffres
de fer et clouterie, limaille de fer,
mitaille (ferraille) , ouvrages de cuivre, grillels et
sonnettes.
Poterie d'étain, de cuivre, de terre, de majolique,
pots de fer.
Epingles, coton filé, fil blanc, fil écru, fil teint,
étoupes en bourre, laine teinte fine, grosse et
moyenne, laine de Barbarie, collets, chemises de
coton, boutons, bonneterie, guimpes, ceintures, cor-
dages, cordes de chanvre.
Bois ouvrés, chapelets, dés.
Livres, vélin, images, cartes à jouer, « tabliers à
jouer », encre pour imprimerie.
Tapisseries, tapisseries de haute lisse, tapis d"Au-
vergne, tapis, couvertes.
Chapeaux de soie de feutre, de laine, chapeaux
d'Albanais, feutres.
Bonnets de laine, de Mantoue, d'Auvergne, de
Milan.
Coiffes d'or, d'argent et de soie.
Accoutrements « pour faire momeries ».

La soie
Motifs de soie (musée des tissus)
Lorsqu'elle est importée par, par Ordonnance du 18 juillet 154o, le roi François Ier fixe un itinéraire aux soieries : celles qui venaient d'Italie devaient passer par Suse et entrer par la porta du pont du Rhône. celles venant du Comtat-Venaissin, par Montélimar et la porte du pont du Rhône, celles venant d'Espagne, par Bayonne et les portes de Saint-Just et de Saint- Georges. Lesmarchandises devaient avoir « Lettres de facture » portant le nom de l'expéditeur et celui
du destinataire (on est déjà dans la traçabilité des produits). Dans les villes traversées, les bureaux
délivraient les « brevets et bulletins » mentionnant le jour du passage, le nombre de caisses, balles ou coffres. Ces brevets suivaient la marchandise jusqu'à Lyon. Là, les marchandises pesées, les droits étaient acquittés et les pièces marquées à deux endroits.

Plan de Lyon au XVIIe

Conclusion